L’importance de la Prise de Décision et des Fonctions Exécutives : Evaluation dans la Vie Quotidienne,  Professionnelle et Médicale

Les fonctions exécutives sont un ensemble de compétences cognitives essentielles qui jouent un rôle central dans notre capacité à gérer notre vie quotidienne, à résoudre des problèmes complexes et à réussir nos interactions sociales et professionnelles. Ces fonctions nous permettent de planifier, d’organiser, de résoudre des problèmes, de gérer notre temps et de prendre des décisions. Ces capacités sont cruciales pour la réussite dans de nombreux aspects de nos vies. Parmi ces compétences, la prise de décision occupe une place centrale et constitue une fenêtre sur la manière dont nous utilisons nos fonctions exécutives pour faire des choix éclairés et adaptés à notre environnement.

Dans cet article, nous explorerons en profondeur l’importance de la prise de décision dans la mesure des fonctions exécutives, en quoi elle influence notre vie quotidienne et l’importance de son évaluation dans un contexte pathologique (médico-psychologique).

Qu’est ce que la « prise de décision » et les « fonctions exécutives »?

Pour comprendre pourquoi la prise de décision est si cruciale dans l’évaluation des fonctions exécutives, il est essentiel de saisir ce que ces derniers représentent.

Les fonctions exécutives constituent l’ensemble de compétences cognitives de haut niveau qui permettent la réalisation d’actions dirigées vers un but. Elles englobent la planification, l’organisation, la résolution de problèmes, la mémoire de travail, l’attention, la flexibilité mentale et bien d’autres compétences. Elles agissent comme le chef d’orchestre de notre cerveau, nous permettant d’accomplir des tâches complexes et de nous adapter à des situations changeantes.

La prise de décision de son côté est une fonction cognitive complexe qui consiste à choisir une option parmi plusieurs en fonction d’informations disponibles. Elle implique l’analyse de données, l’évaluation des conséquences potentielles, la considération des objectifs à long terme et la prise en compte des émotions et des valeurs personnelles. En d’autres termes, elle sollicite plusieurs composantes des fonctions exécutives, telles que la flexibilité mentale, la planification, l’attention et la régulation émotionnelle. Chaque fois que nous prenons une décision, nous mettons en jeu un éventail de compétences exécutives.

Au quotidien, les capacités de prises de décisions sont centrales dans l’adaptation professionnelle, personnelle et sociale. La prise de décision est impliquée à tous niveaux comme :

 

  • Lors de la gestion du temps et des tâches, de façon à établir des priorités ou à gérer notre emploi du temps
  • Dans la résolution de problèmes de sorte à trouver des solutions sur la base de décisions réfléchies
  • Dans nos relations interpersonnelles où la régulation des émotions et l’empathie sont nécessaires pour déterminer la meilleure réponse possible dans l’interaction
  • Dans notre vie professionnelle où notre capacité de prise de décision est au cœur de notre capacité à travailler quand nous devons notamment sortir des routines, nous adapter aux changements
  • Dans notre évolution professionnelle cette capacité est essentielle à la prise de responsabilité et finalement à notre progression de carrière
  • Ou encore dans l’équilibre personnel et notre qualité de vie, lorsqu’il est nécessaire de déterminer la conduite à tenir à court, moyen et long terme dans les choix réalisés au quotidien concernant notre mode et notre rythme de vie.

L’évaluation de la prise de décision apparait donc cruciale pour mieux comprendre notre fonctionnement. La prise de décision offre un moyen puissant d’évaluer les fonctions exécutives de manière globale : en effet, les décisions que nous prenons au quotidien reflètent notre capacité à traiter efficacement l’information, à peser les avantages et les inconvénients, à ajuster notre comportement en conséquence, et à maintenir notre objectif à long terme.

Evaluation médicales et psychologiques

 

Les tests de prise de décision, qu’ils soient complexes, comme les tâches de résolution de problèmes ou les jeux de rôle, ou qu’ils mettent en jeux les processus fondamentaux de la prise de décision, comme les épreuves de catégorisation et de Go-NoGo demandés dans le MindPulse, permettent aux cliniciens, aux chercheurs et aux professionnels en général d’évaluer les fonctions exécutives d’une personne de manière précise et objective.

Ces évaluations peuvent être utiles dans plusieurs domaines, notamment en psychologie clinique pour comprendre les difficultés des patients par exemple dans le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), la schizophrénie ou encore les démences neurodégénératives.

      • Maladie d’Alzheimer

Le domaine neuro-dégénératif est pionnier sur le sujet et de nombreuses études sur la maladie d’Alzheimer (voir la méta-analyse de Han et al., 2017 ; Warkentin et al., 2008) mettent en évidence que le ralentissement exécutif précède tout autre symptôme et est présent bien avant l’apparition de la phase clinique de la maladie, malgré des performances qui restent dans la norme pour ma majorité des outils classiquement utilisés. L’étude de Han et al. (2017) alerte par ailleurs sur la nécessité de pouvoir bénéficier d’outils plus sensibles ou de revoir les variations standards de ce qui est appelé « la norme », actuellement trop larges.

 

      • Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH)

Dans le domaine du TDAH, Kibby et al., (2019) montrent la possibilité de différencier les sous-types de TDAH (Inattentif, impulsif, ou mixte) en mesurant les composantes de la vitesse de traitement (temps de réaction simple, vitesse perceptivo-motrice, vitesse de prise de décision) qui apparaissent différemment impactées. Le temps de réaction simple, moteur, serait identique entre les enfants TDAH et les enfants sans TDAH, mais les vitesses perceptivo-motrices et de prise de décision serait plus ralenties selon la nature du TDAH. A l’inverse, dans le sous-type « Sluggish Cognitive Tempo » du TDAH, c’est cette fois le temps de réaction simple, moteur, qui serait impacté spécifiquement, et non ses composantes cognitives et exécutives (Becker et al., 2020). Enfin chez les adultes TDAH, seule la vitesse de traitement et de décision serait reliée à la sévérité des troubles attentionnelles (Anker et al. 2021), là où la mémoire de travail, pourtant partie intégrante des fonctions exécutives et réputée pour ses altérations dans le TDAH ne serait finalement pas ou peu significatif lorsqu’évalué avec les outils classiquement utilisés (Indices de mémoire de travail des échelles de Weschler ; Anker et al. 2021).

      • Schizophrénie

Dans la schizophrénie, Thuaire et al. (2022) montrent le rôle central de la vitesse de traitement dans les troubles exécutifs de ces patients et le rôle de médiateur que joue la vitesse de traitement sur les fonctions exécutives en général. Les auteurs soulignent qu’un « traitement rapide peut aider à se rappeler les règles actuelles pour changer de tâches [flexibilité], à passer plus rapidement entre ces règles, à mettre à jour la mémoire plus rapidement pour éviter d’oublier des informations [mémoire de travail], à inhiber plus rapidement les réponses prédominantes [inhibition] afin d’activer une réponse alternative, et à activer et utiliser des stratégies efficaces pour accéder à la mémoire » (Thuaire et al., 2022, p.5).

      • Dépression

Les perturbations émotionnelles, en particulier la dépression, sont connues pour leur impact sur le fonctionnement cognitif, notamment au niveau exécutif et attentionnel. Cela se traduit par un ralentissement de la vitesse de traitement, mais une amélioration de la précision de la réponse. En revanche, les traitements antidépresseurs peuvent atténuer ce ralentissement et améliorer la vitesse de traitement des patients, mais ils peuvent également entrainer une augmentation du nombre d’erreur (Kalb et al., 2006). Dans cette double étude, Kalb et al (2006) expliquent que ce phénomène de déséquilibre vitesse-précision peut aussi s’observer chez des populations typiques, notamment lors des réponses de stress, où la vitesse sera privilégiée par rapport à la précision. Les derniers travaux de MindPulse permettent en outre d’analyser plus finement l’origine du ralentissement retrouvé chez les personnes déprimées, en distinguant la part motrice de la part exécutive de la vitesse de réaction (Raysséguier et al., 2023). Ces travaux montrent une corrélation spécifique et unique entre le ralentissement, le profil de prise de décision, et la symptomatologie dépressive (Raysséguier et al., 2023). Ces constatations soulignent l’importance de considérer l’équilibre global de la prise de décision, incluant les différentes mesures de vitesses, la précision, mais aussi la variabilité des réponses. Seuls, ces facteur ne permettent pas de prendre comprendre de manière exhaustive les changements globaux qui se produisent dans les situations de prises de décision.

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Evaluation des difficultés dans la vie quotidienne et professionnelle

 

Chez les personnes sans atteinte pathologique, l’évaluation de la prise de décision et des fonctions exécutives et attentionnelles est tout aussi importante et ouvre une fenêtre sur le fonctionnement quotidien ainsi que sur l’impact de notre environnement et de notre mode de vie sur nos capacités. Dans le cadre de troubles du sommeil par exemple, nos capacités de vigilance sont altérées (Hudson et al., 2020), ce qui peut avoir des conséquences sur notre conduite automobile on modifier nos capacités de prises de décision notamment en raison du ralentissement notre vitesse de réaction. L’alcool, même à faible dose, certains médicaments ou même le café peuvent avoir un impact sur l’équilibre de notre prise de décision en agissant sur les paramètres de celle-ci (intensité ou nature de la réponse émotionnelle, désinhibition, sélection des informations les plus pertinentes, etc. ; Koelega, 1995). L’évaluation de ces paramètres permet donc de mieux comprendre notre fonctionnement et l’influence de notre environnement sur celui-ci, en proposant une autre manière d’envisager la performance. Ces évaluations sont également utilisées en éducation pour mieux comprendre les besoins des élèves et adapter les méthodes d’enseignement en conséquence.

L’importance de la prise de décision dans la mesure des fonctions exécutives s’étend également au monde professionnel. Les employeurs cherchent de plus en plus à évaluer ces compétences chez leurs candidats, car elles sont essentielles pour la résolution de problèmes complexes, la gestion du temps, la prise de décisions éclairées et la collaboration efficace en milieu de travail. Les personnes capables de prendre des décisions judicieuses sont plus susceptibles d’atteindre leurs objectifs professionnels et de contribuer de manière significative à leurs équipes et à leurs organisations.

Conclusion

En résumé, la prise de décision, facilement mesurable par des paradigmes de temps de réponse, joue un rôle crucial dans la mesure des fonctions exécutives. Elle permet d’évaluer de manière approfondie la capacité d’une personne à utiliser ses compétences cognitives pour faire des choix informés et adaptés à la situation. Que ce soit dans le domaine de la santé mentale, de l’éducation ou du travail, la compréhension de la prise de décision est essentielle pour favoriser le développement des fonctions exécutives et améliorer la qualité de vie. En conséquence, il est primordial de reconnaître l’importance de cette compétence dans notre société et de l’intégrer davantage dans nos pratiques d’évaluation et de développement personnel.

Il est impératif de développer de nouveaux outils pour une évaluation plus précise des fonctions exécutives, en mettant l’accent sur la prise de décision. Le tout nouveau test MindPulse, fruit d’une avancée scientifique (brevet CNRS/Université Paris-Saclay), offre une réponse novatrice et prometteuse à ces enjeux cruciaux. Il démystifie le processus décisionnel en distinguant les éléments liés à la rapidité d’exécution des aspects purement cognitifs de catégorisation. De plus, il permet de comprendre comment l’individu réagit en fonction de sa perception de la difficulté de la tâche, en relation avec son état émotionnel.

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Références

      • Anker, E., Ogrim, G., & Heir, T. (2021). Verbal working memory and processing speed: correlations with the severity of attention deficit and emotional dysregulation in adult ADHD. Journal of Neuropsychology, 16, 211-235.
      • Becker, S.P., Marsh, N.P., Holdaway, A.S. & Tamm, L. (2020). Sluggish Cognitive Tempo and processing speed in adolescent with ADHD: do findings vary based on informant and task? Eur Child Adolesc Psychitry, 29(10), 1371-1384.
      • Han, S.D., Nguyen, C.P., Stricker, N.H., & Nation, D.A. (2017). Detectable neuropsychological differences in early preclinical Alzheimer’s Disease: a meta-analysis. Rev., 27(4), 305-325.
      • Hudson, A.N., Van Dongen, H.P.A., & Honn, K.A. (2020). Sleep deprivations, vigilant attention, and brain function: a review. Neuropsychopharmacology, 45, 21-30.
      • Kalb, R., Dörner, M, Kalb, S. (2006). Opposite effects of depression and antidepressants on processing speed and error rate. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry, 30, 244-250.
      • Kibby, M,Y., Vadnais, S.A., & Jagger-Rickels, A. (2019). Which components of processing speed are affected in ADHD subtypes? Child Neuropsychol., 25(7), 964-979.
      • Koelega, H.S. (1995). Alcohol and vigilance performance: a review. Psychopharmacology, 118, 233-249.
      • Raysséguier, C., Vancappel, A., Suarez, S., & El Hage, W. Dépression Unipolaire : évaluation des difficultés attentionnelles et exécutives et des profils d’adaptation dynamiques à la décision, par un nouveau test et par l’utilisation de l’Intelligence Artificielle, JNPN, Paris (France), 2023.
      • Thuaire, F., Rondepierre, F., Vallet, G.T., Jalenques, I., & Izaute, M. (2020). Executive deficits in schizophrenia : mediation by processing speed and its relationships with aging. Psychological Medicine, 1-9.
      • Warkentin, S., Erikson, C., & Janciauskiene, S. (2008). rCBF pathology in Alzheimer’s disease is associated with slow processing speed. Neuropsychologia, 46, 1193-1200

Charlotte Mennetrey

Article rédigé par

Dr Charlotte Mennetrey Dr en psychologie, psychologue spécialisée en Neuropsychologie.

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