Qui se cache derrière MindPulse ?

 

Nous sommes en 1996 et Sandra Suarez entame sa première thèse sur le neuro-VIH à la Pitié-Salpêtrière. Elle observe que le phénomène de ralentissement psychomoteur est le meilleur marqueur de l’état neuro-pathologique. Or à l’époque, elle constate qu’on l’utilise surtout pour identifier des troubles attentionnels sans en comprendre plus explicitement la nature profonde.

« Pendant mes deux post-doc, je vais donc m’intéresser aux réseaux neuronaux et faire de l’imagerie fonctionnelle cérébrale, pour essayer de comprendre le lien entre l’attention et la vitesse de transmission nerveuse. J’observe alors que ce qui est fondamentalement en jeu ce sont les grandes boucles sous cortico- frontales ».

Pendant son second Post-Doc aux côtes de Jean-Pierre Changeux à l’Institut Pasteur, ce dernier publie un article avec Stanislas Dehaenne, sur un réseau de neurones modélisant l’accès à la conscience. Sandra comprend que la vitesse de transmission nerveuse est à l’origine de la réponse et non un épiphénomène.

Animée par l’amour de la recherche, Sandra est soutenue de prêt par son mari Bertrand Eynard, lui-même chercheur en mathématiques physique. Mais alors qu’elle termine son post-doc, sa carrière est bouleversée par un cancer très violent. « J’ai vraiment vécu cette annonce comme un mur contre lequel sont venus se fracasser mes projets, mes espoirs et mes ambitions ».

Avec persévérance et aplomb, Sandra défie les pronostics et vient à bout de la maladie. Diminuée physiquement, elle fait le choix de ne pas reprendre sa carrière de chercheuse de haut niveau et décide d’ouvrir un cabinet de neuropsychologie clinique.

« J’ai été sidérée de constater que l’on utilisait encore des tests créés il y a plus de 70 ans, tous culturellement liés, alors que la recherche fondamentale avait fait des progrès inouïs dans ce domaine ! Je me suis immédiatement dit qu’il était urgent de réinventer la façon d’envisager l’évaluation cognitive pour les fonctions attentionnelles et exécutives et d’aller plus loin en essayant de comprendre la part d’interaction avec les émotions »

Les origines australiennes du MindPulse ?

Nous sommes en Australie, Sandra Suarez et sa famille contemplent des crocodiles. Sandra explique à ses enfants que si les crocodiles n’agissent pas comme d’habitude et sont ralentis c’est parce qu’il fait froid et que le fonctionnement de leur cerveau dépend de la température.

Une explication qui fait sens pour son mari, Bertrand Eynard, puisque Sandra lui avait expliqué́ qu’elle bloquait sur un curseur capable de ralentir ou d’accélérer le cerveau pour avancer sur son idée. « Ce que nous venions précisément de comprendre, c’est qu’être lent ne se traduisait pas par le fait de faire la même chose plus lentement, mais bien par le fait de faire autre chose, que la vitesse était à l’origine du fonctionnement cognitif et non une conséquence », explique Bertrand.

« Je me suis alors dit que si nous étions capables de mesurer ce ralentissement très précisément et de le décomposer en allant observer les différentiels de vitesse des grandes voies neurologiques, nous pourrions certainement utiliser cette mesure comme un indice du fonctionnement intime des voies neuro-cognitives. Avec Bertrand, nous réalisons à cet instant précis que ce que nous allions devoir mesurer, ce n’était pas le temps, mais la décélération des voies liées à des tâches cognitives particulières »

 Une intuition qui fait écho à ses premiers questionnements de recherche, mais aussi à son constat sans appel du retard des outils d’évaluation cognitive utilisés en psychologie clinique.

Alors que son idée suscite immédiatement l’adhésion de ses amis cliniciens, comme le neurologue Jacques Gasnault et de ses anciens collègues chercheurs – parmi lesquels Sylvie Granon alors professeure de neurosciences à l’Institut des neurosciences Paris-Saclay -, Sandra se heurte très vite à l’impossibilité de financer son projet.

« Difficile en effet d’obtenir un financement de recherche quand on entre dans aucune case et un prêt bancaire quand on a eu un cancer », confie-t-elle. Jusqu’au jour où son jeune fils de 8 ans, lui montre le programme informatique qu’il a réalisé sur Scratch.

« Je me suis dit que s’il pouvait le faire, je le pouvais aussi. Avec l’aide de Bertrand, je me suis donc lancée dans la création d’un pré-prototype que j’ai pu montrer à Sylvie. Il nous a servi de base de travail et, tous les trois ensemble, nous l’avons fait évoluer rapidement. Mais au fur et à mesure que nous avancions dans une conception toujours plus complexe, les limites de notre petit logiciel devenaient infranchissables ».

MindPulse développé par IT’S BRAIN

Sidérés par les résultats obtenus grâce au MindPulse. Sandra Suarez et Bertrand Eynard sont convaincus qu’il faut développer une version professionnelle du test.

Le CNRS identifie alors MindPulse comme une innovation à valoriser, ce qui implique la création d’une startup comme seul aboutissement. « Sylvie Granon et Bertrand Eynard étant chacun dans un poste de recherche, cela devait reposer sur moi, mais clairement, je n’étais pas prête ! Après tous les efforts auxquels nous avions consenti, je n’avais aucune envie de me lancer dans la création d’entreprise. Plus d’une fois, j’ai été sur le point d’abandonner », confie Sandra.

Avec le soutien de son entourage, Sandra décide de frapper à la porte d’IncubAlliance Paris-Saclay pour obtenir des conseils et se former à l’entreprenariat. Recherche, clinique et entreprenariat, obtention de la Bourse French Tech, dépôt de brevet conjoint avec le CNRS et l’Université Paris-Saclay… Sandra est surmenée et se met à la recherche d’un associé. Grâce à une amie commune, elle fait la connaissance de Guillaume Simon, polytechnicien et ingénieur civil des Mines de Paris. Guillaume est très rapidement conquis par le projet et décide de s’y impliquer pleinement, avec une expérience acquise dans de grandes multinationales et en entrepreneuriat, pour aider la jeune pousse à prendre son envol.

« Concrètement, nous décortiquons la vitesse de prise de décision sur quatre axes fondamentaux : la vitesse exécutive, qui nous parle de l’attention sélective, la vitesse perceptivo-motrice initiale de chacun étant le point de départ, la précision de la performance et quelque chose en lien avec la mesure de la réaction à la difficulté de la tâche », explique Bertrand. « On détaille aussi l’attention et les fonctions exécutives dans leurs grandes composantes, la sélectivité et l’orientation de l’attention, l’inhibition et la flexibilité des fonctions exécutives », ajoute Sandra.

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